Le Sentier Transcanadien de Bronwyn : captivée par Dawson
Écrit par Bronwyn Preece
Aussitôt l’avion atterri, j’atterris sur le sentier.
Je venais juste de gravir 15 parallèles en avion et d’atterrir sur le territoire ancestral et contemporain des Tr’ondëk Hwëch’ en tant que visiteuse. Leur loi traditionnelle, Tr’ëhudè, se traduit par « prendre soin des personnes qui voyagent sur ces terres avec nous ».1 Je me suis immédiatement senti la bienvenue.
J’y étais en tant que randonneuse, la poète de l’arrière-pays, celle qui aime apprendre grâce aux foulées, aux rythmes et aux histoires d’un lieu, ancien ou nouveau. Celle qui est venue apprécier l’intersection entre les récits et les sentiers, les légendes, le folklore et l’apprentissage qu’offrent la marche, la discussion, la pause, la question, l’écoute, l’intérêt et l’intégration de nouvelles connaissances dans chacun de mes prochains pas. Et c’est pourquoi mon premier arrêt serait le Sentier Transcanadien, qui servirait de point d’entrée à Dawson City.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Le Sentier Transcanadien à Dawson City
Le Sentier Transcanadien à Dawson est un trajet de 6 km autour de la ville, célèbre pour avoir été l’épicentre de la ruée vers l’or du Klondike à la fin du 19e siècle. L’exploitation aurifère est encore très importante dans la petite collectivité, bien que les chevaux de bât et l’orpaillage ont été remplacés par des camions à suspension haute et des techniques d’extraction alluvionnaire. Avec le prix du minerai qui n’a jamais été aussi élevé, on dit que nous vivons une autre ruée vers l’or. Le mot « Klondike », j’ai appris, était une mauvaise prononciation du nom autochtone Tr’ochëk :
« “Tr’o” fait référence à une pierre particulière, la roche-marteau, qui servait à enfoncer les pieux des barrages à saumon dans le lit de la rivière. “Ndëk” est le mot pour cours d’eau ou rivière/fleuve » – Aînée Angie Joseph-Rear2
Les Tr’ondëk Hwëch’ vivaient à l’embouchure de la rivière Klondike : Tr’ondëk. Leur nom se traduit approximativement par « le peuple qui vivait ici à son delta ».
Dawson City repose sur cette plaine inondable, dans laquelle elle s’enfonce, et sur du pergélisol, au confluent de la rivière Klondike et du fleuve Yukon.
Tr’ondëk/Dawson : une confluence, un engorgement de culture, un épicentre vivant et historique de connexion et de contradiction…
J’avais ma carte du site Web du Sentier Transcanadien et une que j’avais trouvée dans la section brochures de l’aéroport. Je savais que le tronçon du Sentier Transcanadien faisait le tour de la ville, il n’y avait donc pas de point d’entrée désigné. Alors, j’ai choisi de commencer au bord de la rivière, près de la digue, de l’autre côté de Front Street, la façade principale donnant sur la ville, en face du centre d’accueil touristique et de Parcs Canada, à côté du Dänojà Zho Cultural Centre. Celui-ci était fermé. Toutefois, à l’extérieur, à côté d’une roche peinte en orange sur laquelle on pouvait lire « Every Child Matter » (chaque enfant compte), se trouvait un panneau sur lequel été affiché ce puissant message :
« Nous vous invitons à réfléchir sur la relation historique avec les Premiers Peuples de cette terre et à imaginer une nouvelle relation bâtie sur la compréhension, l’honnêteté et le respect mutuels. » (traduction libre)

Crédit photo : Bronwyn Preece
L’intention de ne laisser que des traces de pas
En tant que visiteuse, je me suis sentie invitée à prendre part à un processus nécessaire de compréhension, d’imagination… avec une étreinte accueillante. Cet endroit m’attirait déjà, et le simple fait d’y marcher et d’y être, avec l’intention de ne laisser que des traces de pas, m’amènerait à mettre en pratique des moyens de rendre la pareille à Tr’ëhudè, un Principe de bienveillance. Marcher sur le Sentier Transcanadien autour de Dawson City faciliterait mon processus d’apprentissage, car le trajet est parsemé de toutes sortes de panneaux informatifs, illustratifs et interprétatifs. C’était comme un véritable cadeau, mes pas avaient l’occasion de s’inscrire dans une succession d’histoires complexes, m’apprenant au fur et à mesure lors des moments d’arrêts, de contemplation et de réflexion.
Des histoires sur la façon dont les Tr’ondëk Hwëch’ ont été chassés de leurs terres avec l’arrivée de dizaines de milliers de prospecteurs, puis déménagés au bord du ruisseau Moosehide par leur chef visionnaire Isaac en 1897, qui tentait de protéger son peuple de l’assaut; aux histoires sur l’important glissement de terrain qui sert, encore à ce jour, de marqueur pour les gens qui se rendent à la rivière; des histoires des bateaux à aubes et des inondations, des paris sur le poids de l’or, des trottoirs en bois et d’un village en expansion. Je marchais de plus en plus profondément dans l’histoire vivante.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Suivre le courant du fleuve Yukon
Je marchais dans le sens des aiguilles d’une montre, en suivant le courant du fleuve Yukon. Je passerais bientôt la digue pour aller sur le sentier, qui verdoyait de peupliers faux-trembles. La shépherdie argentée et la campanule à feuille ronde, le pied d’alouette et la solidage borderaient bientôt la chaussée, et, alors que je commençais doucement à monter, le sol deviendrait un vrai festin de petites fraises sauvages. J’ai savouré les saveurs locales. J’étais en réel processus d’arrivée.
Je suivais le sentier Ninth Street, qui fait partie du réseau de sentiers Midnight Dome de Dawson City. Le symbole du Sentier Transcanadien est présent sur de nombreux panneaux qui nous accueillent tout au long du chemin. Comme j’ai écrit dans un article précédent, « la signification du panneau du Sentier Transcanadien, au cours de mes voyages, m’a aidé à développer un nouveau sentiment d’appartenance et de relation aux lieux : créer des itinéraires et ancrer mon sentiment d’appartenance locale et nationale grâce aux panneaux de signalisation ». Une fois de plus, cela s’avérait vrai.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Découvrir Dawson City grâce à un réseau de corridors verts
Je dois admettre que, pendant que je marchais autour de la ville, alors que je découvrais Dawson City par son réseau de corridors verts, je me suis demandé brièvement si c’était vraiment la meilleure façon d’ouvrir la porte vers son histoire. Aurais-je dû décider d’aller déguster un sourtoe cocktail glacé ou voir un spectacle cancan comme première étape de mon séjour? C’est ce que je me demandais alors que je me retrouvais soudainement à contourner une flaque de boue et que l’endroit commençait à se dévoiler véritablement sous mes pieds. Mais c’était vraiment une étape importante. Un panneau d’interprétation m’expliquerait davantage ce qui se trouvait sous mes pieds. J’en apprendrais sur ces terres humides que les orignaux aiment fréquenter. Puis, un autre m’expliquerait ce qu’est le pergélisol (et la raison derrière les bâtiments pêle-mêles et le manque de lignes droites à Dawson City), ainsi que les dangers immédiats que le réchauffement de cette couche de soutien posent à la ville. J’ai évité le doute en réalisant à quel point cette promenade élargissait ma compréhension de toutes les épreuves et les défis (dont beaucoup m’étaient familiers ou que j’aurais pu imaginer, et d’autres que j’ignorais) que le fait d’être ici, que ce soit autrefois ou aujourd’hui, impliquait ou implique.J’ai évité le doute en réalisant à quel point cette promenade élargissait ma compréhension de toutes les épreuves et les défis (dont beaucoup m’étaient familiers ou que j’aurais pu imaginer, et d’autres que j’ignorais) que le fait d’être ici, que ce soit autrefois ou aujourd’hui, impliquait ou implique.
Marcher sur le Sentier en premier était donc le meilleur choix. La profondeur de ce que j’ai appris au cours de ces quelques kilomètres allait imprégner ma perception de ce que j’étais alors mieux à même de vivre : les rues sinueuses et poussiéreuses, les brasseries à l’odeur de moisi, ainsi que le parcours du peuple Tr’ëhudè Hwëch’ dans le cadre des revendications territoriales et son chemin vers l’autonomie : tout cela réuni dans ce même petit endroit.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Le mammouth laineux
Et puis il y a eu le mammouth laineux, sans doute la meilleure façon de conclure ma balade dans la ville. Ma promenade sur le Sentier Transcanadien à Dawson finirait près de la statue de ce mammifère de l’ère de glace. Le Yukon abrite une grande quantité de fossiles de cette ère. En 2022, un bébé mammouth momifié dans son intégralité a été découvert sur le territoire de Tr’ondëk Hwëch’ par un mineur d’or alluvionnaire, nous rappelant que les histoires défient les calendriers, se croisent de manière inattendue et insoupçonnée, tissant les topographies en une tapisserie de récits et de sillons liés au lieu.
Cela, je l’ai vécu, plus que n’importe où, à Dawson City.

Photo credit: Bronwyn Preece
Bronwyn est une renégate poétique et praticienne de l’art multidisciplinaire sensible au territoire. Surnommée “backcountry poet” (poète de l’arrière-pays), elle détient un doctorat en interprétation, et une maîtrise et un B.B.A. en théâtre appliqué. Elle a enseigné et joué à l’international. Son plus récent livre hiking beyond: poems from the trail a été publié en mars chez Caitlin Press. Elle est l’auteure de Knee Deep in High Water: Riding the Muskwa-Kechika, expedition poem’s (Caitlin Press, 2023); Sea to Sky Alphabet (Simply Read Books, 2024); Gulf Islands Alphabet (Simply Read Books, 2012) et des ouvrages à paraître Canadian Rockies Alphabet, Olive and Jasper, My Happy Hiking Trails et Waiting on Winter, tous publiés chez Simply Read Books. Son travail artistique et éducatif vise à cultiver une sensibilisation liée au territoire et de petits gestes de réconciliation et de réparation. Elle a le mot « gratitude » tatoué sur son bras.
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Le Sentier Transcanadien est le plus long réseau de sentiers multiusages du monde. Il traverse l’ensemble des provinces et des territoires et rejoint les trois côtes du Canada. En tant que bien public, il est la preuve de ce que les Canadiens et Canadiennes peuvent bâtir ensemble sur des générations.
Communiquez avec votre membre du parlement pour lui dire pourquoi le Sentier Transcanadien est important pour vous : https://plusquunsentier.ca/
Crédit photo principale : Bronwyn Preece.
1,2 Citations attribuées à l’aînée Angie Joseph-Rear, figurant sur un panneau d’interprétation au centre d’accueil de Parcs Canada de Dawson City.














