Le Sentier Transcanadien de Bronwyn : c’est un signe!
Un sentier relié par des points telle une constellation
Écrit par Bronwyn Preece
« C’est un signe! » est une expression souvent utilisée par une personne pour confirmer qu’elle est bel et bien « sur le bon chemin » …
Sur le Sentier Transcanadien, « le signe » est souvent au sens propre, soit un panneau de signalisation qui sert de repère rassurant. Parfois, « le signe » est aperçu intentionnellement, d’autres fois de manière inattendue, ou, dans certains cas, on apprend plus tard que des sentiers autrefois parcourus, des décennies auparavant, relèvent désormais de cette désignation.
Dans les détours et l’émerveillement des balises, la signification du panneau du Sentier Transcanadien, au cours de mes voyages, m’a aidé à développer un nouveau sentiment d’appartenance et de relation aux lieux : créer des itinéraires et ancrer mon sentiment d’appartenance locale et nationale grâce aux panneaux de signalisation.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Je relate en randonnée
Surnommée la « poète de l’arrière-pays », je relate en randonnée, j’écris en marchant. Une biographe attentive aux lieux, qui traduit les paysages traversés en lettres et les sentiers en récits captivants. Je synthétise en mots ma compréhension de plus en plus approfondie de ma personne, des gens et des lieux, et ce, en tant que personne descendant majoritairement des colonisateurs en visite sur les territoires ancestraux non cédés. J’ai un œuvre établi et publié, j’ai mis sur papier ces relations, intersections, enjeux et espoirs en constante évolution, ainsi que leurs révélations inextricables in situ.
Dans ma propre cour arrière, le Sentier Transcanadien suit le sentier Sea to Sky dans les vallées des montagnes Coast dans l’ouest de la Colombie-Britannique.
J’ai le privilège de vivre sur le territoire partagé des Nations Lil’wat et Squamish à Whistler. Et ici, les panneaux du Sentier Transcanadien sont trilingues : en Ucwalmícwts (langue Lil’wat), en Skwxwú7mesh Sníchim (langue Squamish) et en anglais (imposé par les colons). Au nord de la ville, là où le chevauchement des territoires se démêle, les panneaux sont en Ucwalmícwts et en anglais. Et au sud, ils passent au Skwxwú7mesh Sníchim et à l’anglais. En un sens, ces panneaux multilingues pourraient être perçus comme le Bâton de parole :
Le Bâton de parole, utilisé dans plusieurs cultures autochtones, est un « outil de communication » ancien et important qui veille à ce que le code de conduite de respect soit suivi pendant les rencontres. La personne qui tient le bâton, et seulement cette personne a le droit de parole et toutes les autres personnes doivent écouter en silence et dans le respect.
Ces panneaux invitent toute personne qui marche, qui pédale ou qui flâne à réfléchir à nouveau aux histoires de voyages et aux liens entre les endroits et les noms, aux histoires que ce chemin a à raconter et à partager. Les panneaux servent d’outil de communication, et nous rappellent d’écouter en silence et dans le respect, ils servent d’invitation à chercher et à s’immerger dans les nombreux récits qu’un sentier peut porter. Ces panneaux ont cet effet sur moi.
Randonnée sur le Great Divide Trail
Le panneau du Sentier Transcanadien est apparu sur un tronçon du Great Divide Trail lorsque je m’y trouvais en Alberta. Il est soudainement apparu sur une partie d’un chemin de terre sur lequel je suis arrivée en suivant le gué d’une rivière et un sentier de l’arrière-pays. Cette partie du chemin de terre était un tissu conjonctif, un lien entre des sentiers, lequel, après avoir été isolée pendant plusieurs jours, je partageais soudainement avec des cyclistes. Ces cyclistes suivaient également le Great Divide, une piste cyclable du même nom, de Banff jusqu’au sud des États-Unis. Dans mon cas, une longue randonnée, de la frontière américaine, vers le nord, jusqu’à l’épine dorsale des Rocheuses canadiennes. Même si nous allions dans des directions opposées et avions des modes de transport différents (à deux pieds au lieu de deux roues), notre intersection était sur le Sentier Transcanadien : nos trajectoires latitudinales nous réunissaient dans des moments longitudinaux de conversation. Bien que portées par l’impulsion et le mouvement, ces interactions nous donnaient une raison de nous arrêter, de partager des moments grâce à des anecdotes de sentier : de laisser notre empreinte sur la route avec des souvenirs marchés ou pédalés dans la nature reculée. Ici, ensemble, avant que nos chemins se séparent, nous partagions un chemin à la fois identique et différent.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Un réseau de sentiers tissés ensemble
J’ai grandi à marcher. Une fille de la côte, mon territoire de prédilection était Victoria et l’île de Vancouver, les Gulf Islands et Vancouver. Les sentiers se rendaient parfois au sable, à la rive bordée, se faufilaient dans les bois ou étaient marqués par les lignes d’un trottoir asphalté. La ville et la campagne entrelacées en une calligraphie cartographique de routes empruntées et marchées.
En grandissant, ces mêmes chemins portaient leur propre nom. Le Seawall. Lac Shawnigan. Les Sooke Hills. Et c’est encore le cas. Mais, depuis, ces noms ont été allongés. En fait, vaut mieux les voir comme ayant été réunis sous l’appellation plus large de Sentier Transcanadien. Ce réseau de sentiers que je parcourrais autrefois, indépendamment les uns des autres, est maintenant tissé ensemble par le recul : une perspective par laquelle les foulées ont pris une nouvelle forme, revue et révisée, une dissemblance moins grande qui diminue la distance grâce à une définition collective.
Je marchais sur le Sentier Transcanadien avant même qu’il n’existe. Le concept est intéressant, excitant. On disait autrefois : « ce que nous appelons une rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon ». Dans ce cas-ci, ces sentiers, maintenant connus sous un nom collectif, de même que leurs autres noms, sentent aussi bon, si ce n’est pas meilleur. Le charme est plus grand. Une invitation à créer des liens, à revisiter les endroits qu’on aurait pu, sans le savoir, avoir déjà reliés : les voyages passés qui invitent à un regard neuf. Et les projets d’avenir qui offrent l’occasion de voir les choses sous un autre angle.

Crédit photo : Bronwyn Preece
Le Sentier Transcanadien, un signe de connexion
Cet été, je planifie faire un voyage au Yukon pour faire de la randonnée. Je regarde la carte du Sentier Transcanadien pour voir si les sentiers que j’ai choisis ont la dé-sign[e]-ation de cette vision d’ensemble. Les sentiers qui relient mes randonnées hors des sentiers battus le sont. Cette soudaine prise de conscience fait naître un nouveau sentiment d’appréciation; un hymne accordé à la fois personnellement et collectivement, sans être chanté, pour ce que je/nous pouvons accomplir ensemble : trouver un lieu d’un signe à un autre.
Le Sentier Transcanadien nous offre effectivement un signe collectif, une vision pour trouver un terrain d’entente culturel, grâce à une distinction topographique : l’invitation est la bienvenue. Et donc, je marche...
Bronwyn est une artiste multidisciplinaire, sensible à son environnement, poétique et rebelle. Nommée la « poète de l’arrière-pays », elle est titulaire d’un doctorat en arts du spectacle ainsi que d’une maîtrise et d’un baccalauréat en théâtre appliqué. Elle a enseigné et performé sur la scène internationale. Son prochain livre, hiking beyond: poems from the trail sera publié en mars chez Caitlin Press. Elle est l’auteure de Knee Deep in High Water : Riding the Muskwa-Kechika, expedition poems (Caitlin Press, 2023); Sea to Sky Alphabet (Simply Read Books, 2024); Gulf Islands Alphabet (Simply Read Books, 2012) et des ouvrages à paraître Canadian Rockies Alphabet, Olive and Jasper et My Happy Hiking Trails, tous publiés chez Simply Read Books. Son œuvre artistique et éducatif vise à cultiver une conscience locale et à encourager les petits gestes de réconciliation. Elle a le mot « gratitude » tatoué sur son bras.
Explorez le sentier Sea to Sky et trouvez plus de suggestions de sentiers de randonnée sur la côte ouest sur notre carte interactive.
À propos du Sentier Transcanadien
Le Sentier Transcanadien s’étend sur près de 30 000 kilomètres et traverse toutes les provinces et tous les territoires, et est géré à l’échelle locale par des groupes communautaires et de sentier. En tant qu’organisme de bienfaisance, Sentier Transcanadien est l’intendant de ce réseau de sentiers et en défend les intérêts afin de veiller à ce que tout le monde puisse profiter de la nature et de ses bienfaits. Nous soutenons des projets de sentier communautaires, dont des projets de signalisation sur le Sentier, par l’entremise du Fonds catalyseur du Sentier et nous partageons des connaissances sur les sentiers par l’entremise du Pôle d’excellence des sentiers.
Crédit photo principale : Bronwyn Preece













