Le Sentier Transcanadien d’Ali : balade sur le sentier Extension Ridge en hiver
Écrit par Ali Becker
Ce qui me motive le plus à sortir pendant les mois d’hiver froids, gris et maussades, c’est la découverte d’un nouveau sentier.
Il y a quelque chose de spécial dans la nouveauté d’un endroit où je ne suis jamais allée. Cette impatience de savoir ce qui m’attend au détour du prochain virage, qui me motive à m’habiller chaudement, à lacer mes chaussures et à me mettre en route. Car, pour être honnête, je ne suis pas toujours très motivée à sortir en hiver. Quand les journées sont courtes, que le ciel est terne, et que l’air humide et glacial s’infiltre dans ma veste jusqu’à mes os, il est très tentant de s’enfoncer davantage dans le cocon douillet du canapé, un café dans une main et un téléphone dans l’autre.
Le plaisir de découvrir de nouveaux horizons
Mais l’idée d’explorer un nouvel endroit me donne l’impression de partir pour une mini-expédition. Une microaventure. Et, dès que j’ai une bonne raison de sortir (et quelques collations), tout devient plus facile.
Heureusement pour moi, j’ai organisé ma vie de manière à pouvoir facilement me livrer à ce genre d’exploration. Comme je ne cesse de parcourir le Canada, il y a toujours à proximité une nouvelle parcelle de forêt, un bout de littoral ou une route secondaire que je n’ai pas encore découverts.
Mais, quel que soit l’endroit où je me retrouve, une chose ne change jamais : le Sentier Transcanadien n’est jamais loin.
Au fil des ans, le Sentier Transcanadien est devenu un fil conducteur dans ma vie, un réseau de routes et de liaisons, qui forme comme un « code secret » pour sortir en plein air au Canada. Que je veuille marcher, courir, pédaler ou simplement flâner, il me suffit d’ouvrir la carte pour voir ce qui se trouve à proximité.

Crédit photo : Ali Becker
Visiter le sentier Extension Ridge
Je me suis récemment retrouvée à Nanaimo, sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, et presque aussitôt, beaucoup de personnes du coin ont commencé à me dire la même chose : « Il faut absolument que tu ailles voir Extension Ridge. »
Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait simplement d’une nouvelle randonnée vers un point de vue. Mais plus les gens m’en parlaient, plus ma curiosité grandissait. Et la curiosité est une force puissante. Elle me pousse à taire toutes mes excuses pour rester enfermée chez moi en hiver.
Le sentier Extension Ridge fait partie du réseau de la ville de Nanaimo, qui fait partie du Sentier Transcanadien, et qui traverse une longue crête de conglomérat de grès bordée d’arbousiers, des arbres au tronc orange qui semblent briller, même les jours les plus sombres. On y trouve également quelques sites uniques : des pétroglyphes, un labyrinthe et un endroit au nom inquiétant : The Abyss (« l’abîme »). Ce mot à lui seul m’a poussée à sortir!

Crédit photo : Ali Becker
L’exploration de The Abyss
Le matin de ma visite, le ciel ressemblait à toute matinée hivernale sur la côte : gris, avec de la brume dans les arbres et un léger espoir que le soleil finisse par percer. C’était le genre de journée où l’on a plutôt envie de rester chez soi, et le stationnement vide en était la preuve.
Au départ du sentier, un rapide coup d’œil aux panneaux m’a confirmé que ce serait une mission simple, et il ne m’a pas fallu longtemps pour repérer les balises bleues et blanches du Sentier Transcanadien qui indiquaient la direction à suivre.
Ici, la forêt est luxuriante, avec une mousse épaisse et des lichens aux couleurs vives, une végétation typique de la côte ouest. Le sol est humide, moelleux et indulgent sous les pas. Tout semble vivant, même en hiver.
Le sentier grimpe en lacets, et à mesure que l’altitude augmente, le paysage commence à changer. Les arbres se font plus clairsemés, le sol devient plus rocailleux, puis soudain, on se retrouve sur la crête, une longue et étroite arête de pierre s’étendant devant soi comme sortie d’un film fantastique.
Des panneaux d’avertissement signalant une crevasse ouverte dans la roche m’ont confirmé que j’étais sur la bonne voie.
Alors que j’avançais sur la surface lisse de la roche, mon rythme a ralenti, non pas parce que le terrain était difficile, mais parce que l’endroit exigeait toute mon attention. Des arbousiers tordus s’accrochaient à la crête dans des formes étranges, sculptés par le vent et les intempéries au fil des décennies. Leurs branches se déployaient dans toutes les directions, chacune représentant une œuvre d’art unique.
The Abyss se révèle
L’hiver a le don de réduire la vie à sa plus simple expression si on le laisse faire. Mais être ici, respirer l’air frais, sentir le brouillard flotter sur la crête, regarder la forêt briller d’un vert éclatant sous un ciel gris… des éléments qui redonnent de l’ampleur à l’univers.
J’ai aperçu une longue fissure dans la crête. Une profonde crevasse dont l’ouverture sombre plonge vers on ne sait quoi. On ne voit pas le fond. Et quand on y regarde, il n’y a que de la mousse, de la mousse, de la mousse, puis de l’obscurité.
Debout près du bord, j’ai été envahie par un mélange de curiosité et de respect. Jusqu’où ça descend? Comment ça s’est formé? Devrais-je y jeter une pierre pour voir si j’entends quand elle touche le fond? Ou devrais-je simplement rester là et savourer ce mystère? Finalement, j’ai fait ce que toute personne en randonnée hivernale ferait : j’ai mangé une collation en contemplant l’inconnu. Le sentier était si invitant que j’ai continué à avancer, en suivant la crête plus loin, en admirant des vues sur l’océan entre les arbres, et en laissant le silence hivernal ralentir le temps, comme il sait si bien faire.
Au moment où je suis revenue au point de départ, mes joues étaient roses, mes jambes étaient chaudes, et mon esprit était clair d’une manière qui n’arrive qu’après avoir passé quelques heures en plein air.

Crédit photo : Ali Becker
La magie de l’exploration hivernale
Et pour moi, c’est là que réside la véritable magie de l’exploration hivernale. Il n’est pas seulement question de faire de l’exercice physique ou mon quota de pas. Ni de paysages (même s’ils pèsent dans la balance). Il s’agit de me donner une raison de sortir, et de bouger. Et plus je le fais, plus je me rends compte que la motivation n’est pas quelque chose qu’il faut attendre. C’est quelque chose qui peut se construire, et se créer. Et parfois, il suffit d’un nouveau sentier, d’un peu de curiosité et de la promesse qu’il y a quelque chose de mystérieux caché dans la forêt.
Ali Becker est une passionnée de plein air et une conteuse d’aventures qui adore découvrir de nouveaux horizons. Elle partage ses récits de voyage sur @trip.longer et @thisisalibecker.
Découvrez d’autres sentiers sur l’île de Vancouver grâce à notre carte interactive, ainsi que des suggestions d’activités et bien plus encore à sentier.ca/recits/.
Le Sentier Transcanadien s’étend sur près de 30 000 kilomètres et traverse toutes les provinces et tous les territoires, et est géré à l’échelle locale par des groupes communautaires et de sentier. En tant qu’organisme de bienfaisance, Sentier Transcanadien est l’intendant de ce réseau de sentiers et en défend les intérêts afin de veiller à ce que tout le monde puisse profiter de la nature et de ses bienfaits.
Nous contribuons à l’entretien des sentiers sur l’île de Vancouver et partout au Canada grâce au Fonds catalyseur du Sentier.
Crédit photo principale : Ali Becker














