Le Sentier Transcanadien de Sylvia : prendre le temps d’observer les plantes
Écrit par Sylvia Dekker
Le Canada abrite une variété incroyable et intéressante de végétation. Nous avons de tout, des orchidées aux cactus. Bien que les plantes soient le décor sensoriel de nos aventures en plein air et qu’elles soient essentielles aux écosystèmes en créant et conservant un habitat pour la faune qu’on admire, la nature feuillue est souvent oubliée. À moins qu’elle soit en train de se donner en spectacle, comme pendant la saison de la fleuraison ou la saison de couleurs en automne.
La tendance généralisée de voir les plantes comme un simple arrière-plan vert, un décor inanimé pour la vie animale, n’est pas quelque chose de nouveau : la cécité botanique, un terme apparu pour la première fois dans une étude en 1999. Depuis, le fait qu’on ne parle pas vraiment des plantes dans les salles de classe et dans les politiques publiques a été associé à ce phénomène et les résultats qui en découlent parlent d’eux-mêmes : l’extinction d’espèces est d’une ampleur inégalée alors que le financement pour la protection des plantes est à son plus bas dans l’histoire.
Si vous portez une attention particulière au vert lors de votre prochaine aventure sur le Sentier Transcanadien, vous remarquerez que même la plante la plus courante ou la plus discrète contribue à l’histoire, à l’écosystème et à vos expériences. Certaines de ces plantes renseignaient les communautés autochtones sur d’autres phénomènes naturels importants pour leur subsistance, à travers les étapes de leur cycle de vie, telles que la floraison, considérées comme des indicateurs phénologiques. D’autres offrent des services essentiels aux écosystèmes, comme la stabilisation du sol et la rétention d’eau, et plusieurs d’entre elles nourrissent et abritent une importante faune. La plupart sont présentes dans toutes les provinces et certains territoires, et valent la peine d’être observées.
Quelles plantes chercher sur le Sentier Transcanadien
Le raisin d’ours ou kinnikinnick est une plante rampante à feuilles persistantes qu’on peut trouver partout. Son vaste réseau de racines stabilise les sols souvent sablonneux, rocailleux et escarpés dans lesquels elle prolifère, et prévient ainsi leur érosion. Les baies rouge vif sont une collation essentielle pour les ours, les oiseaux et d’autres petits mammifères.

Fleur : le raisin d’ours. Crédit photo : Sylvia Dekker
La rose sauvage est une plante épineuse qui pousse en bosquets denses, ce qui en fait un habitat et un refuge idéal pour plusieurs petites espèces. Les églantiers d’un rouge brillant sont un fruit nutritif autant pour la faune que pour les humains. Pour le peuple Stl’atl’imx, les fleurs roses odorantes indiquaient la deuxième remontée des saumons quinnat dans le fleuve Fraser et que les matériaux pour faire des paniers étaient prêts à être récoltés.

Fleur : la rose sauvage. Crédit photo : Sylvia Dekker
Je ne peux m’empêcher de cueillir une feuille duveteuse sur l’achillée millefeuille pour humer son parfum intense. Elle était utilisée pour arrêter les saignements. Le système racinaire fibreux et rhizomateux empêche l’érosion. Autant les pollinisateurs que les insectes utiles, comme les coccinelles et les chrysopes, l’aiment et elle pousse dans divers environnements, ce qui lui permet d’améliorer la connectivité écologique.
La verge d’or du Canada est une ressource alimentaire vitale pour les pollinisateurs durant l’été et l’automne. Elle est aussi connue pour ses propriétés médicinales, comme la réduction de l’inflammation, le soulagement des maux de gorge et des problèmes de digestion, et ses fleurs d’un jaune éclatant peuvent être utilisées pour faire de la teinture.

Fleur : l’achillée millefeuille. Crédit photo : Sylvia Dekker
La fraise sauvage pousse à ras le sol et envoie des filets végétaux dans toutes les directions pour créer une importante couverture au sol dans les habitats perturbés comme autour des sentiers. Trouvez une baie mûre et préparez-vous à une explosion intense de douceur réconfortante dont les mammifères, les oiseaux et les insectes raffolent aussi.
Les baies blanches de la symphorine, bien que toxique pour les êtres humains, résistent à l’hiver. Elles sont une source de nourriture importante pour plus de 40 espèces d’oiseaux, dont le tétras, la tourterelle triste, la caille, le faisant, le jaseur boréal, le pinson et le moineau.

Fleur : la fraise sauvage. Crédit photo : Sylvia Dekker
Le quatre-temps est une plante basse qui couvre le sol de plusieurs forêts canadiennes et permet de maintenir l’humidité du sol forestier grâce à son épais tapis de feuillage ainsi que d’offrir un refuge pour les petits animaux et les insectes. Ses fleurs similaires à celle du cornouiller offrent du nectar qui est essentiel aux pollinisateurs de début de saison, et produisent des grappes de baies rouges qui sont une source importante de nourriture pour les petites créatures, comme la grive, le jaseur boréal, le tamia rayé et les écureuils.
La berce laineuse est une plante qui adore l’eau et qui est très aimée par les chevreuils, les élans, les orignaux et les ours. Les larges fleurs blanches nourrissent une panoplie de pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons, et indiquaient au peuple Haida que les œufs de goéland n’étaient plus bons à manger.

Fleur : la baie. Crédit photo : Sylvia Dekker
Le thé du labrador est une plante médicinale odorante qui peut pousser dans un environnement hostile, comme les sols acides et pauvres en nutriments. Les peuples autochtones infusaient les feuilles odorantes et légèrement médicinales pour faire du thé.
L’amélanchier est un arbuste reconnaissable et commun qui déborde de baies nutritives d’un mauve foncé, qui sont aimées par toute sorte d’animaux, et les humains. Les plantes sont un habitat pour les petits animaux et préviennent l’érosion des sols pauvres dans lesquels elles poussent allègrement. Pour le peuple Nlaka’pamux, les fleurs blanches indiquent que le tubercule comestible de la léwisie à racine amère est prêt à être récolté.
La smilacine à grappes est une habitante des régions boisées et se caractérise par sa tige courbée et ses feuilles en alternance, ainsi que sa grappe de fleurs blanches odorantes au bout de la tige. Les baies rouges sont une source de nourriture pour les oiseaux en fin d’été et son vaste réseau de racines stabilise le sol.

Fleur: le raisin d’ours. Crédit photo : Sylvia Dekker
La linnée boréale est une beauté délicate, mais commune, qu’on oublie souvent, même si elle couvre le plancher forestier et l’aide à conserver son humidité. Malgré le fait qu’on doit se baisser au niveau du sol pour apprécier ses petites fleurs rosées qui ressemblent à de petits lampadaires forestiers, elle vaut la peine de s’arrêter pour l’observer, comme toutes les plantes nommées ci-dessus.
Grâce aux écosystèmes et aux environnements diversifiés de ce pays, que ce soit dans les prairies semi-arides ou les forêts denses tempérées, il y a une grande variété d’espèces de plantes qui bordent le Sentier Transcanadien et une panoplie de plantes encore plus diversifiées et intéressantes qui n’attendent qu’à être remarquées lors de votre prochaine visite.
L’air frais, les grands espaces sauvages et la vie qu’ils abritent, des plus petites merveilles aux détails les plus infimes, sont au cœur de l’écriture de Sylvia Dekker. Cette rédactrice indépendante vit dans une petite ville située au pied des Rocheuses, dans la province de l’Alberta. Elle partage son amour pour la nature avec son mari, ses trois enfants, et maintenant, avec vous. Retrouvez-la à @syl.dekker et poursuivez votre lecture sur www.sylviadekker.com.
À propos de Sentier Transcanadien
Le Sentier Transcanadien s’étend sur près de 30 000 kilomètres et traverse toutes les provinces et tous les territoires, et est géré à l’échelle locale par des groupes communautaires et de sentier. En tant qu’organisme de bienfaisance, Sentier Transcanadien est l’intendant de ce réseau de sentiers. Nous soutenons des projets de sentier communautaires par l’entremise du Fonds catalyseur du Sentier et nous partageons des connaissances sur les sentiers par l’entremise du Pôle d’excellence des sentiers.
Fleur : la Berce laineuse. Crédit photo principale : Sylvia Dekker













