29 octobre 2026

Le Sentier Transcanadien de Coreen : les rencontres qu’on fait en chemin

people biking on a dirt trail seaside on a sunny day

À vélo sur le Sentier de la Confédération de l’Île-du-Prince-Édouard 

Écrit par Coreen Hildebrand 

Notre aventure d’une demi-journée allait commencer. La température de début septembre n’aurait pas pu être meilleure : ensoleillé, mais pas trop chaud avec quelques nuages. Parfait pour des photos, me suis-je dit. 

Mon mari, Eric, et moi avions de doux souvenirs d’avoir pédalé sur cette partie du Sentier de la Confédération, sur le Sentier Transcanadien, entre St. Peter’s et Morell, il y a de ça huit ans. Nous venions tout juste de prendre notre retraite de l’enseignement et commencions notre nouvelle vie en tant que blogueurs de voyage. Nous avions très hâte d’y retourner. 

Nous avons organisé la location de vélos avec Ed McKenna, le propriétaire de Confédération Trail Bike Rental Adventures. Il se souvenait même de nous et de notre dernière visite. Cette fois-ci, il nous a suggéré de prendre des vélos électriques. 

« Ils sont vraiment populaires auprès de notre clientèle principale », nous a-t-il dit avec un clin d’œil. 

Je n’étais pas certaine de savoir comment prendre la référence à notre âge, mais, comme nous sommes à la fin de notre soixantaine, nous avons apprécié le coup de pouce de plus. Ce petit plus dans notre pédalier a rendu notre chemin de retour d’environ 22 kilomètres plus facile et nous a permis d’avoir plus d’énergie pour continuer à explorer après avoir retourné nos vélos 4 heures plus tard. 

Nous avions l’impression d’avoir 17 ans à nouveau, mais avec la sagesse de faire plusieurs arrêts. La vue me coupait le souffle. Avions-nous apprécié autant les paysages il y a huit ans? Nous étions dans notre cinquantaine, donc c’était peu probable, me suis-je dit. Mais nous profitions certainement du moment présent cette fois-ci. 

J’ai remarqué plusieurs autres cyclistes âgés qui prenaient des pauses et profitaient des paysages de la même façon. Tout naturellement, je leur ai parlé. 

C’est l’une des choses que j’ai découvertes depuis que je suis devenue blogueuse de voyage. J’ai commencé à écrire pour partager la beauté des Maritimes, mais les rencontres que nous faisons restent en moi tout autant que les endroits que nous visitons. Cette sortie à vélo n’était pas différente. 

a man and woman posing with their bikes infront of a biking map on a sunny day

Crédit photo : Coreen Hildebrand / maritimesmaven

Les gens sur le sentier 

Les conversations ont commencé de manière informelle. Nous discutions des oiseaux que nous avions vus, des meilleurs endroits pour manger à Morell et oui, même un peu de politique. 

Ingird et James Diaz, originaires de la Caroline du Sud, visitaient l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse en combinant deux de leurs passions : les voyages en bord de mer et la généalogie. « J’ai pris tellement de plaisir à retrouver mes ancêtres et à découvrir leurs histoires d’immigration, les lieux où ils ont vécu et leurs métiers, etc. », m’a confié Ingrid. 

Un de leurs objectifs était de trouver les tombes de trois couples de grands-parents, dont les trisaïeuls d’Ingrid, qui sont nés au 18e siècle et habitaient à Mount Albion. Elle a d’ailleurs trouvé leurs tombes dans un cimetière de l’Église d’Écosse à Birch Hill. 

J’ai mentionné que les grands-parents maternels d’Eric venaient de Birch Hill et de la région de Tyne Valley. Il y a quelques années, je m’étais promené dans ces mêmes vieux cimetières avec ma belle-mère pour trouver des traces de sa famille. 

Soudainement, la promenade de vélo devenait plus intime. 

two people smiling infront of a body of water with their bicycles and trail signage

Crédit photo : Coreen Hildebrand / maritimesmaven

Ingrid et James sont passionnés de vélo et sont toujours à la recherche d’un nouveau sentier à explorer. Ingrid avait entendu dire que ce tronçon offrait les plus beaux points de vue sur l’eau et avait également planifié d’aller sur le sentier Greenwich Dune. « Le Sentier de la Confédération est magnifique, n’est-ce pas! Cette vue! » 

Je n’aurais pas pu être plus en accord. 

J’ai aussi rencontré Mike et Cindy Holcomb, de la Caroline du Nord, un autre couple qui adore le Canada, et plus particulièrement l’Île-du-Prince-Édouard et le Sentier de la Confédération. Ils reviennent ici depuis des années et, comme tant de touristes, ont un attachement fort à l’Île. 

La conversation que j’ai failli rater 

« Si vous êtes blogueuse de voyage, il faut que vous que vous entendiez ça. » 

Ça venait d’un jeune homme assis adossé à un pont, son vélo accoté tout près. 

Eric avait continué à pédaler, mais s’était retourné pour voir pourquoi je prenais autant de temps. Je m’étais arrêté pour écouter le jeune homme. 

Joseph Williams nous a raconté l’histoire de la source Healing Spring entre Cherry Hill et la Première Nation Abegweit, et sa connexion au peuple micmac et plus tard aux colons. Il nous a parlé de son arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, l’évêque Angus MacEachern, dont l’histoire raconte qu’il aurait béni la source au début du 19e siècle. 

Puis je lui ai demandé ce qui l’amenait sur le sentier. 

Il s’est confié de tout cœur. 

Joseph est revenu à la maison après avoir vécu ailleurs et s’être engagé, selon ses propres termes, « sur une mauvaise pente ». Il a été un gros consommateur de fentanyl et venait de terminer une cure de désintoxication. Il m’a parlé du changement radical de son poids et de sa détermination à rester sobre. 

La nature, disait-il, l’avait aidée à renouer avec Dieu. Il fait du vélo sur le sentier tous les jours. Il a seulement 29 ans. 

man sitting atop a bridge with his bike on a sunny day

Crédit photo : Coreen Hildebrand / maritimesmaven

Je l’ai félicité pour sa sobriété, lui ai souhaité bonne chance et lui ai demandé de rester en contact. Lorsque je lui ai écrit pour avoir de ses nouvelles récemment, j’ai appris qu’il allait toujours bien. Je lui ai dit que je regrettais de ne pas avoir pris une photo de lui. Il m’en a immédiatement envoyé quelques-unes, en disant qu’il les avait prises pour montrer son progrès à des amis qui vivent en Ontario. 

« Je n’ai pas honte de mon passé », m’a-t-il dit. « Je crois fermement que, si on fait preuve de transparence quant à nos échecs dans la vie, les personnes qui se moquent de nous n’ont plus d’arguments à faire valoir. Et tout autant, celles qui se soucient de nous seront peut-être inspirées à faire un changement dans leur vie. » 

J’ai beaucoup pensé à Joseph, au fait que j’ai failli rater sa rencontre, et à quel point je suis heureuse qu’il m’ait abordée. Ça m’a rappelé de porter plus attention aux gens autour de moi, y compris ceux qu’on ignorerait autrement. 

Plus qu’une sortie de vélo 

Après cet échange, Eric et moi avons continué à pédaler en silence sur quelques kilomètres. 

Nous avions de quoi réfléchir et une magnifique balade à profiter. Le Sentier de la Confédération suit un ancien corridor ferroviaire d’un bout à l’autre de l’Île-du-Prince-Édouard, offrant ainsi un trajet plat pour pédaler et marcher au cœur de la forêt, des terres agricoles et des communautés locales. Nous avons pédalé sur des sentiers de terre rouge bordés de fleurs sauvages et avons profité des vues spectaculaires sur l’eau. Nous avons écouté le chant des oiseaux, observé les papillons, et vu un magnifique héron ainsi qu’un grand groupe de bernaches du Canada. 

Je m’arrêtais constamment pour prendre des photos et lire les panneaux d’interprétation en chemin, chacun d’entre eux venait ajouter du contexte à l’histoire et aux paysages de l’Île. 

Pour les personnes qui souhaitent découvrir encore plus l’Île-du-Prince-Édouard sur le Sentier, le Chemin d’Île est un réseau de plus de 700 kilomètres autour de l’île, et chaque tronçon a son propre itinéraire, et ses suggestions d’hébergement, de voyagistes, de restaurants et bien plus. Le guide du Chemin de l’Île, écrit par le fondateur et auteur Bryson Guptill, retrace le réseau qui incorpore de nombreux tronçons du Sentier de la Confédération, mais aussi des routes tranquilles et d’autres paysages de l’Île. L’itinéraire de 32 tronçons a été pensé pour être parcouru à pied ou à vélo en tranche quotidienne de 20 à 25 kilomètres. 

L’application mobile du Chemin de l’Île apporte une nouvelle dimension aux récits et à la navigation numériques, grâce aux codes QR qui se trouvent sur des balises du sentier et qui permettent de découvrir les récits et le folklore locaux. 

Des visages familiers sur notre chemin 

Alors que la ville de St. Peter’s apparaissait et que la fin de notre tronçon de sentier se profilait à l’horizon, un visage familier s’approchait à vélo : mon amie Gisele LeBlanc et son mari, Bob Skillen, originaires de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, comme nous, suivit de leurs amis Bill et Debbie Duke en visite de Knowlton, au Québec. 

Gisele célébrait son soixante-dixième anniversaire avec un voyage à l’Île-du-Prince-Édouard. Bob et elle essaient de parcourir de nouveaux tronçons du Sentier de la Confédération chaque année. Au fil des ans, ils ont pédalé d’Elmira à Souris, de Mount Stewart à Georgetown, de Tignish à Alberton et dans le parc national près de Cavendish. Leur prochaine destination sera Murray Harbour. 

Plus tard, Gisele m’a écrit pour me raconter leur balade entre St. Peter’s et Morell. Ils ont croisé un renard, trois grands hérons, plusieurs pygargues à tête blanche et une panoplie d’oiseaux de rivage. En chemin, ils ont rencontré des touristes venant des trois provinces des Prairies, du Québec, de l’Ontario et de quelques états américains. Ils se sont ensuite arrêtés pour déguster une guédille au homard et de la crème glacée. 

C’est ce genre d’expériences en sentier que Gisèle et Bob ont appris à apprécier : une façon active d’explorer l’Île-du-Prince-Édouard tout en profitant de la nature, de la gastronomie locale, des plages, du golf et des spectacles. Ils aiment également que le sentier soit bien balisé, praticable et bien entretenu, et que les communautés soient accueillantes et serviables. Après que je leur ai parlé de l’application du Chemin de l’Île, ils ont prévu de la découvrir et d’y enregistrer les tronçons qu’ils ont parcourus. 

Crédit photo : Coreen Hildebrand / maritimesmaven

Bille et Debbie viennent passer du temps à l’Île-du-Prince-Édouard depuis 2022, lorsque la Covid les a obligés à rester au Canada et à explorer leur propre cour arrière. Ils sont arrivés à Cable Head, tout près de St. Peter’s, par accident, mais y reviennent constamment parce qu’ils sont tombés sous le charme des plages paisibles, des dunes et de la tranquillité de St. Peter’s Landing. 

En 2025, ils ont commencé à amener leurs vélos, à explorer le sentier ainsi que les routes secondaires et les chemins de terre rouge autour de Cable Head et Greenwich. 

Pour Bill, le tronçon entre St. Peter’s et Morell sort du lot, pour la vue sur St. Peter’s Bay, le village et les clochers de l’église, les « chaussettes » à moules et l’abondance d’oiseaux. Debbie et lui ont trouvé que les trois ponts enjambant les rivières Midgell, Marie et Morell étaient faciles à franchir et ont pris plaisir à observer le mouvement de la marée sous leurs pieds. 

Ils se sont arrêtés à Morell pour dîner, puis sont retournés à St. Peter’s, où Bill passe souvent du temps à écrire son roman au Black & White Coffee Shop. Un exemple de plus qui montre comment ce sentier relie les gens non seulement au paysage, mais aussi aux communautés qui le bordent. 

On ne sait jamais qui on rencontrera sur le Sentier de la Confédération, ou ce qu’on apprendra de ces gens. 

En partant, Eric et moi nous attendions à de magnifiques paysages et une promenade agréable. C’est ce que nous avons eu. Mais nous avons également découvert des histoires familiales communes, d’autres touristes qui reviennent année après année, un jeune homme déterminé à changer de vie, et un rappel de l’importance de prêter attention aux personnes qui nous entourent. 

C’est peut-être ça le vrai cadeau de voyager lentement. 

Avoir le temps d’admirer les paysages. 

Et avoir le temps de remarquer les gens qui s’y trouvent. 

large boardwalk trail over water towards forest on a sunny day

Crédit photo : Coreen Hildebrand / maritimesmaven

 

Coreen Hildebrand est une blogueuse de voyage, photographe et créatrice de contenu mieux connue sous le nom de @maritimesmaven. Elle vit à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, et a le cœur tourné vers les merveilles de la Côte-Est et les aventures qu’on ne vit qu’une seule fois dans sa vie. Avec sa curiosité toujours aussi vive et son regard de conteuse, elle saisit l’essence même de la vie chez soi et ailleurs, grâce à des récits qui célèbrent les liens, les lieux et les points de vue. 

 

 

Explorez l’Île-du-Prince-Édouard sur notre carte interactive. 

Le Cadre de création de destinations de sentier 

Le Cadre de création de destinations de sentier de Sentier Transcanadien encourage les initiatives de tourisme de sentier dans les collectivités canadiennes, afin de faire des sentiers comme moteurs d’expériences touristiques, de vitalité communautaire et de développement économique.

Découvrez comment le Sentier Transcanadien soutient les projets de sentier menés par les communautés par l’entremise du Fonds catalyseur du Sentier.

Crédit photo principale : Coreen Hildebrand / maritimesmaven