5 janvier, 2023

Le Sentier Transcanadien à Bonnie : pourquoi je marche le Sentier Transcanadien

Traduit du texte en anglais de Bonnie Thornbury


Pour la plupart d’entre nous, le jour du déménagement est une orchestration frénétique d’emballage, de chargement et de déchargement où l’on dépend des déménageurs ou d’un groupe de nos amis les plus forts pour accomplir la tâche le plus rapidement possible. En 2019, après avoir habité et travaillé cinq ans à Vancouver, j’ai entamé le déménagement à pied le plus long au monde vers l’Ontario, sur le Sentier Transcanadien, avec un seul sac à dos et énormément d’espoir et de détermination!  

« Déménager » de cette manière a fait lever beaucoup de sourcils, toutefois j’ai toujours eu envie de marcher sur un long sentier. Et prendre la route scénique pour chez-moi fut l’excuse parfaite. Il faut dire que marcher était plus qu’un simple moyen de déplacement : c’était une manière d’apprendre à me connaître et connaître ce pays que j’appelle chez-moi.  

 

Une chambre avec vue sur le Sentier Transcanadien en C.-B.

Une chambre avec vue sur le Sentier Transcanadien en C.-B.

Comme plusieurs, je ressens une tension grandissante envers ce projet de courtepointe que nous appelons « Canada ». À l’université, je me souviens d’avoir été surprise lorsque mon professeur en études canadiennes nous a dit que la majorité des citoyens de chacune des provinces, avec l’exception de l’Ontario et le Manitoba, s’identifiaient davantage à leur province qu’à leur pays. En tant qu’ontarienne, ma première impression était donc qu’il y avait beaucoup plus au Canada que je ne l’imaginais. Ce constat a éveillé une curiosité en moi sur les places, les personnes et les cultures délimitées par nos frontières. 

Pendant mes années de transition, une sensibilisation grandissante envers les inégalités sociales m’a fait douter des narratifs « un Canada multiculturel » et « les gentils Canadiens » avec lesquels j’ai grandi. « Idle No more », #MeToo, « Black Lives Matter », une sensibilisation grandissante des droits à l’accessibilité et des personnes handicapées, les efforts menés pour la « vérité et réconciliation » et le développement durable m’ont donné espoir que nous prenions un virage collectif. Or, je me demandais comment les Canadiens, individuellement, s’identifiaient à ces mouvements, à notre terre et à l’un l’autre. 

Est-ce que les différences culturelles et locales l’emportent sur quelconque sens collectif d’un Canada présent ou futur? Qui sont ces personnes qui constituent notre pays? Qu’est-ce qui rend chaque province unique? Comment faire de la place aux nouveaux Canadiens, ou aux nouvelles imaginations pour un meilleur Canada? Comment est-ce qu’on peut souligner la diversité incroyable tout en créant des liens et des communautés à travers des milliers de kilomètres? Je voulais puiser dans notre plus beau cadeau qu’est ce territoire inimaginablement riche et diversifié tout en reconnaissant les difficiles vérités du passé et du présent de notre pays. Je ne pouvais pas penser à une meilleure manière de retomber en amour et d’inspirer les autres d’aimer notre pays, et les uns les autres, que de me mettre en route à pied pour mon lent déménagement chez-moi. 

Et le Sentier Transcanadien a fourni! Rendue à Winnipeg, ma confiance avait grandi et j’étais à l’aise sur le Sentier : j’ai changé mon regard de « retourner chez moi à pied » à « marcher d’un océan à l’autre », avec seulement la pandémie et la « bulle Atlantique » se dressant sur mon chemin!   

Un endroit accueillant pour me reposer à l’abri, le long du Columbia and Western Trail en C.-B.

Un endroit accueillant pour me reposer à l’abri, le long du Columbia and Western Trail en C.-B.

Cette année, j’ai enfin frayé mon sentier à travers le Canada Atlantique lors de la seconde étape de mon périple. En cours de route, un ange du sentier (plus d’informations à venir dans une future publication!) m’a dit : « tout le monde doit sortir de chez soi et découvrir la vérité par eux-mêmes » et, après un moment de réflexion et un sourire de fierté, il a ajouté : « je suppose que c’est ce que tu es en train de faire! » Je n’avais pas vu mon aventure de cette manière lorsqu’elle avait débuté, mais voilà ce dont il était question avec ma marche à travers le Canada : porter mon propre regard sur le Canada et construire ma propre version de cette « vérité ».    

Le Sentier Transcanadien, avec ses paysages sauvages et sa mission de lier les Canadiens à la nature, et les uns aux autres, m’a exposé à toutes sortes d’apprentissages et d’expériences : accompagner des cultivateurs de riz autochtones pour une journée sur les lacs de la région de Whiteshell au Manitoba, faire face à des antilopes d’Amérique dans les Prairies, apprendre sur l’histoire et les racines profondes des loyalistes noires de la Nouvelle-Écosse, datant d’avant le « Canada » de plus de 80 ans, et voir le moteur de l’industrie canadienne de près, pour n’en nommer que quelques-uns.  

Une murale frappante sur un ancien hôpital à Sudbury, Ont.

Une murale frappante sur un ancien hôpital à Sudbury, Ont.

Le Sentier a offert une abondance d’affiches informatives, d’innombrables contacts avec des animaux sauvages, des centaines de cultures communautaires uniques et un millier d’actes de bonté du cœur des locaux que j’ai croisés. Un pas à la fois, une communauté à la fois, je découvre pour moi-même qui nous sommes, qu’est-ce que nous faisons et comment le territoire, la culture et les frontières nous tissent ensemble et nous distinguent. 

En quittant Burnaby, en Colombie-Britannique, la deuxième journée de mon périple — qui s’étend maintenant sur plus de 270 jours et nuits en deux saisons de randonnée — j’ai aperçu un panneau indiquant « St. John’s, Terre-Neuve – 11 328 km ».  

Bonnie Thornbury traverse un ruisseau sur le East Coast Trail près de Torbay, T.-N.-L.

Bonnie Thornbury traverse un ruisseau sur le East Coast Trail près de Torbay, T.-N.-L.

11 328 kilomètres! Onze mille, trois cents, vingt-huit kilomètres! « #lifegoals » (#Butdanslavie) est ce que j’ai écrit à ce moment-là, même si je ne croyais pas que je ne pouvais jamais l’accomplir. 

Même en écrivant ces mots, avec la traverse est-ouest maintenant un but bientôt atteint, je me questionne à savoir si je ne vais jamais développer toutes les habiletés et le courage de relever le défi d’une étendue boréale encore plus difficile, plus isolée, qui débute à Fort Saskatchewan et monte et monte et monte en altitude jusqu’à atteindre Tuktoyaktuk et l’océan Arctique. Cependant, les quelques personnes déterminées et robustes qui y ont été à pied avant moi offrent de la sagesse et de l’inspiration, tout comme celles qui y ont voyagé sur roues.  

Et plus je marche sur le Sentier Transcanadien, plus j’ai envie de marcher sur le Sentier Transcanadien. Que ce soit une petite marche pour décompresser après une journée de travail pendant la basse saison ou les deux thru-hikes à mon actif, le Sentier Transcanadien a ce genre de magnétisme qui m’attire à faire plus de randonnées. En voyageant à plusieurs endroits dans le pays, je ne me retrouve jamais trop loin du Sentier à : localiser ses pavillons et leur architecture-origami distincte ou les diverses versions de ses marqueurs de sentier.  

Trois ans après mon départ vers chez-moi, je termine mes soirées bien au chaud sous les couvertures à cliquer sur des tronçons de la carte, à lire les descriptions de sentiers, évaluer les distances et les niveaux de difficulté, en rêvant aux journées à venir, dehors, dans le but de trouver mon chez-moi au Canada et en communauté, avec ses citoyens, ses endroits et ses paysages. 

 

Vous voulez en apprendre davantage? Gardez un œil sur cette page pendant les mois à venir alors que je partagerai des moments forts, des conseils de sécurité, la magie des sentiers et l’expérience d’affronter le Sentier à vélo après s’être brisé le pied! Vous pouvez suivre mes histoires sur Instagram (@bonnbury, en anglais seulement) et mon journal photo du Sentier sur mon blogue (bonnvoyages.ca). Au plaisir de vous voir dehors!   

 

Merci