La traverser du Canada sur le Sentier Transcanadien
Une entrevue avec Aidan Beckett
De la houle du lac Supérieur aux vents de l’Arctique, l’aventurier et explorateur, Aidan Beckett, a voyagé d’un océan aux deux autres pendant huit ans et demi, dans toutes les provinces et tous les territoires. Sur son chemin, il a pagayé sur de grandes rivières nordiques et marché des dizaines de milliers de kilomètres d’une saison, d’un paysage et d’une communauté à l’autre, comme peu de gens le feront au cours de leur vie. Responsable principale des réseaux sociaux de Sentier Transcanadien, Meggie Carrier, s’est entretenue avec Aidan sur les expériences et les réflexions de son périple sur le Sentier.
Meggie (M. C.) : Le jour de ton départ, le Canada a dû te sembler incroyablement grand. Y a-t-il eu un moment où l’idée de le traverser à pied est passée de « impossible » à « je vais vraiment le faire »?
Aidan (A. B.) : Lorsque je suis parti, ça ne me semblait pas du tout impossible. J’avais passé des mois à faire mes recherches, à planifier et à me convaincre que cela avait du sens. Mais une fois que j’ai réellement commencé, la réalité venait en vagues.
Mon premier grand moment était à Hope, en Colombie-Britannique, quand un feu de forêt m’a obligé de sortir du Sentier. Cette rupture de continuité m’a frappé. C’était la première fois que je ressentais l’ampleur de ce que j’essayais de faire.
Mais le moment charnière est arrivé après avoir traversé les lacs Supérieur et Huron en kayak. C’était la chose la plus difficile que j’ai jamais eu à faire, mentalement et physiquement. Une fois que j’ai réussi ça, quelque chose a changé. L’aventure est passée de « j’espère que je peux le faire » à « rien ne peut m’arrêter ».

Crédit photo : Aidan Beckett
M.C. : Le Sentier Transcanadien relie des milliers de communautés et de paysages (villes, forêts, côtes). Quelle section du Sentier t’a le plus surprise et pour quelle raison?
A.B. : Le Québec, haut la main. Je n’avais aucune attente, mais j’ai été émerveillé par tout : les paysages, les forêts, les collines vallonnées, les vallées de rivière, les communautés, le cachet.
Les gens surnomment le Québec « l’Europe de l’Amérique du Nord », mais, en toute honnêteté, ça ne lui fait pas justice. Ça ne ressemble à rien d’autre. C’est tout à fait unique. Les villages m’ont particulièrement séduit.
M.C. : À quoi ressemblait une journée typique pour toi, du lever du soleil à planter ta tente? Et peux-tu nommer un petit moment ordinaire qui est resté avec toi?
A.B. : Mes journées étaient simples, de la meilleure façon.
Je me réveillais dans ma tente, faisais du thé et du gruau, je ramassais mon campement et je marchais deux ou trois heures avant « mon premier dîner ». Je séparais toujours mon dîner en deux repas plus petits pour garder mon énergie stable. L’après-midi, j’avais une « power hour » de musique ou de balado, mais seulement pendant une heure pour ne pas me déconnecter du moment. Avant le coucher du soleil, je me cherchais un endroit pour camper, j’installais ma tente, je me faisais à souper, puis j’appelais le membre de ma famille dont c’était le tour.
Et je terminais toujours ma journée avec un moment en silence, une tasse de thé à la main, en réfléchissant. Ce petit rituel m’a gardé sain d’esprit face à toutes les épreuves.

Crédit photo : Aidan Beckett
M.C. : Tu as voyagé d’un bout à l’autre du Canada en utilisant différents modes de transport. Quel mode de transport t’a fait sentir le plus libre et quel effet cela a-t-il eu sur la façon de découvrir le pays?
A.B. : Marcher m’a fait ressentir la plus pure des libertés. Je n’avais besoin que de moi-même et de mon sac. Il n’y avait pas de logistique à gérer ni d’équipement à prendre en compte. Cette flexibilité est la raison pour laquelle je ne l’ai pas fait à vélo. Marcher rendait le tout plus fluide.
Mais mon sentiment de connexion était à son plus grand lorsque je pagayais.
Même si le lac Supérieur était terriblement exigeant, lorsque j’arrivais dans une ville, je me sentais instantanément bienvenu. Les gens venaient sur le quai, curieux, excités et impatients d’en savoir plus sur mon aventure.
M.C. : Les grandes aventures ont le don de changer notre perception du temps et de la distance. Après avoir traversé un pays en entier, quelle est ta mesure de « loin »?
A.B. : À environ 45 000 kilomètres, ChatGPT m’a dit que j’avais parcouru environ 10 % de la distance entre la Terre et la lune et environ la même distance entre la Terre et la station spatiale Lorsque les métaphores sur l’espace deviennent ton seul point de référence, tu réalises à quel point l’aventure est grande. Mais ma perception de la distance ne s’est jamais enclenchée. Ce qui a changé est ma perception de ce qui est possible. « Loin » ne m’intimide plus. Le monde me semble énorme, mais je suis aussi incroyablement ouvert.

Crédit photo : Aidan Beckett
M.C. : À passer autant de temps dehors, le paysage devient un compagnon. Y a-t-il eu un son, une odeur ou un détail qui est resté avec toi pendant ton aventure?
A.B. : Les saisons. Quand on habite dehors, on voit l’année changer au ralenti : l’été à l’automne, l’automne à l’hiver, l’hiver au printemps. Je ne vais jamais oublier la première neige, les tas de feuilles grandissants de l’automne ou les toutes premières fleurs sauvages qui éclosent au printemps. J’avais l’impression que les saisons étaient des personnages qui m’’accompagnaient.

Crédit photo : Aidan Beckett
M.C. : La météo peut aussi avoir son propre rôle. Quel est ton moment le plus mémorable en lien avec la météo et comment t’es-tu adapté?
A.B. : Une tempête d’orages de deux jours au Manitoba. Il y avait du tonnerre, de la grêle et de la pluie transversale sans cesse. Mon campement était sécuritaire, mais au lieu de me cacher dans ma tente, j’ai passé la moitié de la tempête avec la tête sortie pour regarder le ciel, comme un enfant. Ça m’a ramené à l’enfance, en Saskatchewan. Ce n’était pas une question de persévérance, mais plutôt de présence.
M.C. : Le Sentier est comme la colonne vertébrale du pays, qui relie les gens, la nature et les communautés. Qu’est-ce que ton aventure t’a permis d’apprendre sur le genre de pays que nous voulons avoir?
A.B. : Le Sentier Transcanadien est vraiment comme la colonne vertébrale de mon aventure et du pays.
Il suit d’anciennes voies ferrées, des routes de portage, des chemins côtiers et des routes de déplacement que les Peuples autochtones empruntaient bien avant le Canada. Le marcher, c’est comme avancer à travers des couches d’histoire en temps réel. Et partout où je suis allé, les gens faisaient écho à ce sentiment : « Il y a encore beaucoup de bonnes choses autour de nous ». Le Sentier me le rappelait souvent.

Crédit photo : Aidan Beckett
M.C. : Après avoir marché des milliers de kilomètres, qu’est-ce qui est encore avec toi? Y a-t-il un sentiment, une habitude ou une leçon que tu garderas avec le reste de ta vie?
A.B. : Honnêtement, je suis en train d’écrire un livre pour répondre à cette question. Mais voici les points les plus importants :
Une confiance en soi discrète, le genre qui grandit à force de faire des choses difficiles.
Une gratitude pour la nature, les gens, le moment et la chance.
Et la croyance que plus rien n’est impossible.
Le Sentier n’a pas seulement changé ma vie. Il m’a changé moi.
M. C. : Tu as découvert le Sentier sur une échelle incroyable.Mais l’exploration peut commencer dans sa propre cour arrière. Que dirais-tu pour encourager les gens à découvrir leur tronçon local du Sentier Transcanadien?
A.B. : Commencez près de la maison. Rendez-vous à un endroit qui a toujours piqué votre curiosité, même si vous n’avez pas de « bonne raison ». Vous devriez quand même y aller.
Partout au Canada, les gens me disaient « j’ai toujours voulu aller à cet endroit, mais je n’ai pas eu l’occasion ». Rendez la sortie possible. Votre tronçon du Sentier Transcanadien est l’endroit parfait pour commencer.

Crédit photo : Aidan Beckett
Aiden Beckett est un explorateur canadien forgé par les aventures à pied d’un océan aux deux autres. En traversant le pays à pied, il a développé un profond respect pour les espaces sauvages et la résilience de continuer à avancer dans l’incertitude. Il est un randonneur, grimpeur, kayakeur et parapentiste dévoué et cherche constamment l’inspiration dans les montagnes, le long des côtes et dans le ciel qui les surplombe. Alors qu’il se prépare à faire des études universitaires, il reste déterminé à concilier son éducation à l’exploration et à apprendre du territoire et des gens qui y vivent.
Explorez la carte interactive du Sentier Transcanadien et trouvez des conseils dans notre FAQ! Lisez les aventures d’Aidan d’un bout à l’autre du pays sur le Sentier Transcanadien, ici.
À propos de Sentier Transcanadien
Le Sentier Transcanadien s’étend sur 30 000 kilomètres et traverse toutes les provinces et tous les territoires, et est géré à l’échelle locale par des groupes communautaires et de sentier. En tant qu’organisme de bienfaisance, Sentier Transcanadien est l’intendant de ce réseau de sentiers. Nous soutenons des projets de sentier communautaires par l’entremise du Fonds catalyseur du Sentier et nous partageons des connaissances sur les sentiers par l’entremise du Pôle d’excellence des sentiers.
Le Sentier Transcanadien est bien plus qu’un sentier. C’est une infrastructure nationale qui s’étend d’un océan aux deux autres. Aidez-nous à protéger ce qui nous relie les uns aux autres. Visitez la page de notre campagne pour envoyer une lettre à votre membre du parlement et lui expliquer pourquoi le Sentier vous tient à cœur.
Crédit photo principale : Aidan Beckett














